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Grimoire de Lumière • Anno M·M·X·X·V·I

Formule magique d'amour simple à prononcer

Avant d'être un objet ou un philtre, le charme était une parole.

Une formule qui ne vise personne

Vous cherchez une formule magique d'amour simple à prononcer : quelques vers que l'on peut apprendre par cœur et dire chez soi, sans matériel compliqué. Vous la trouverez plus bas. Elle a une particularité qu'il vaut mieux connaître avant de commencer : elle ne vise personne. Elle ne nomme pas la personne que vous aimez et ne cherche pas à infléchir sa volonté. Elle porte sur vous — votre disponibilité, vos peurs, ce que vous êtes prêt ou prête à recevoir.

Avant la formule, un détour par l'histoire, parce que la magie d'amour par la parole est l'une des mieux documentées qui soient, et que ce qu'on en sait éclaire la manière de s'en servir aujourd'hui.

Du carmen latin au « charme »

Le mot charme vient du latin carmen, qui désignait un chant, un poème, et plus particulièrement une formule rythmée que l'on récitait à voix haute — formule religieuse, juridique ou magique. « Incantation » et « enchanter » remontent, eux, au latin incantare, formé sur cantare, « chanter ». La langue garde donc la mémoire d'une idée simple : charmer, c'était d'abord dire ou chanter quelque chose.

Il en découle une conséquence pratique. Ce qui fait une formule n'est pas l'étrangeté de ses syllabes. Les textes antiques contiennent bien des noms barbares et des suites de voyelles, mais ils sont pris dans des phrases qui disent clairement ce que l'on demande. Une formule que vous comprenez, dite lentement, vaut mieux qu'une litanie recopiée dont vous ignorez le sens.

Ce que montrent les papyrus grecs magiques

Notre meilleure fenêtre sur la magie d'amour antique, ce sont les papyrus grecs magiques : des manuels de formules et de recettes retrouvés en Égypte, datés pour l'essentiel du IIe siècle avant notre ère au Ve siècle de notre ère. Leur traduction anglaise de référence, dirigée par Hans Dieter Betz (The Greek Magical Papyri in Translation, 1986), permet de les lire en entier.

On y trouve beaucoup de formules d'amour, et elles sont loin d'être douces. Les plus nombreuses sont des agôgai, littéralement des formules « qui amènent » : elles demandent qu'une personne nommée soit privée de sommeil, de nourriture et de repos tant qu'elle n'est pas venue vers celui qui récite. Certaines s'accompagnent de tablettes de défixion, de plomb gravé que l'on déposait dans une tombe ou un puits. On y rencontre aussi le philtron, mot grec qui a donné « philtre », le breuvage d'amour.

L'historien Christopher Faraone (Ancient Greek Love Magic, 1999) distingue deux familles dans cette documentation : la magie d'érôs, qui cherche à faire naître une passion brûlante chez quelqu'un, le plus souvent une femme visée par un homme ; et la magie de philia, qui cherche à entretenir ou à raviver l'affection dans un lien existant, souvent celle d'un mari, à l'aide d'onguents, d'amulettes ou de breuvages. Il faut être honnête sur un point : ni l'une ni l'autre ne se souciait du consentement de la personne visée. La séparation entre une magie d'amour « blanche », qui ne contraint personne, et une magie « rouge », qui vise quelqu'un, est une classification moderne. Je la reprends parce qu'elle me paraît juste, pas parce que l'Antiquité l'aurait connue.

La limite que pose cette formule

La formule de cette page s'en tient donc à une règle : elle ne nomme personne et ne cherche à contraindre personne. Elle travaille sur celui ou celle qui la dit — dissiper une crainte, sortir d'un repli, se rendre disponible à une rencontre. Un rituel agit d'abord sur la personne qui le pratique ; une formule qui l'assume ne trompe personne.

Si votre question porte sur une personne précise, ce n'est plus le sujet de cette page. La voie dite rouge en traite, notamment le rituel d'amour avec un nom. Lisez-le en gardant en tête que l'autre reste libre de ses sentiments, et qu'aucun rituel ne justifie d'insister auprès de quelqu'un qui a dit non.

Le vendredi, Vénus et les conventions modernes

Le vendredi doit son nom au latin Veneris dies, le « jour de Vénus », la déesse que les Grecs appelaient Aphrodite. C'est pour cette raison que beaucoup de praticiens réservent ce jour aux rites d'amour. Le lien entre le nom du jour et la déesse est établi ; l'idée qu'un rite y serait plus efficace est une croyance.

Le reste du cadre relève d'usages récents, nés pour l'essentiel de la magie des bougies codifiée au XXe siècle : la bougie rose pour l'affection (le rouge étant réservé à la passion), la lune croissante pour ce que l'on veut voir grandir. Rien de tout cela n'est obligatoire. Je vous le donne parce que ces repères aident à faire du moment un moment à part.

La formule

Ces vers ne sont pas tirés d'un texte ancien : je les ai écrits pour cette page, dans l'esprit d'un carmen, court et rythmé pour qu'on puisse le retenir. Apprenez-les, dites-les la main posée sur la poitrine, lentement. Adaptez les accords à votre situation, et changez les mots qui ne vous ressemblent pas : une formule que l'on récite à contrecœur ne sert à rien.

Formule d'Ouverture à l'Amour

« Par la flamme de Vénus au déclin du jour,
J'ouvre grand mon cœur à la venue de l'amour.
Non pas l'amour saisi, contraint ou retenu,
Mais l'amour libre et vrai, choisi et reconnu.
Que je devienne clair, accueillant et offert,
Aimant pour qui saura m'aimer à découvert.
Je n'enchaîne nul nom, je ne force aucun cœur :
J'appelle, et laisse au temps le choix de l'heure. »

Un soir au calme, bougie allumée, la main sur le cœur

L'usage le plus répandu consiste à la répéter sept soirs de suite. Le chiffre sept revient dans de nombreuses traditions pour marquer un cycle complet ; vous pouvez aussi la dire une seule fois. À la fin, étouffez la bougie plutôt que de la souffler si vous suivez la coutume, et ne la laissez jamais brûler sans surveillance.

Si vous êtes déjà en couple

La formule est écrite pour qui espère une rencontre, mais beaucoup cherchent plutôt à raviver un lien qui existe. On retrouve là la magie de philia décrite plus haut, à une différence près : la formule ne s'administre pas à l'autre, elle se dit pour soi. Je conseille de garder la même règle. Remplacez les vers sur la venue de l'amour par ce que vous voulez entretenir à deux — l'attention, la tendresse, la patience — et parlez de ce que vous y mettez, pas de ce que l'autre devrait changer. Certains préfèrent écrire la formule sur un papier plutôt que la dire ; les papyrus grecs étaient eux aussi des textes écrits, et rien ne s'y oppose. Si le couple traverse une crise, une conversation franche, ou un conseiller conjugal, reste le recours le plus direct.

Quelles sont les formules magiques les plus connues ?

La plus célèbre, abracadabra, n'a rien d'amoureux. On la trouve chez l'érudit romain Quintus Serenus Sammonicus, dans son poème médical De medicina praecepta (début du IIIe siècle) : le mot y est prescrit contre une fièvre intermittente, écrit en triangle en perdant une lettre à chaque ligne, et porté en amulette. Les formules qui ont traversé les siècles sont souvent de cet ordre : guérir, protéger, conjurer. Les formules d'amour anciennes qui nous sont parvenues sont surtout les agôgai des papyrus, et elles visent quelqu'un. Celles qui circulent aujourd'hui sous l'étiquette « ancestrale » n'ont, pour la plupart, aucune origine documentée ; celle de cette page non plus, et je préfère le dire.

Existe-t-il un « mot le plus puissant » ?

C'est une question qui revient souvent, avec sa variante des « sept mots magiques » qui feraient tout basculer. Je n'en connais aucun, et je me méfie de qui prétend en vendre. Ce qui donne du poids à une formule tient à trois choses : la clarté (savoir ce que l'on demande), la sincérité (le vouloir vraiment, sans se raconter d'histoire) et une certaine assurance (dire plutôt que supplier). C'est vrai d'une formule comme d'une déclaration ordinaire. La même réponse vaut pour le « rituel d'amour le plus puissant » : les traditions ne s'accordent pas sur lequel ce serait, et rien ne permet de le mesurer.

Le déroulé

Les erreurs à éviter

Si cette recherche vient d'une rupture ou d'un deuil récent et que le chagrin ne desserre pas, parlez-en aussi à quelqu'un de confiance ou à un professionnel. Cela ne contredit en rien une pratique comme celle-ci.

Une formule qui travaille sur celui qui la dit

La formule magique d'amour simple à prononcer proposée ici ne jette rien sur personne. Dite soir après soir, elle sert surtout à formuler ce que vous attendez d'un lien, à regarder en face ce qui vous en tient éloigné, et à vous rendre disponible. Le vieux carmen n'avait pas d'autre matière que la voix et l'intention ; la version d'aujourd'hui peut s'en tenir là, sans contrainte et sans promesse.

Et si, en chemin, c'est aussi la question matérielle qui vous occupe, la parole de prospérité repose sur le même principe : une formule claire, dite sans hâte, qui porte sur vous plutôt que sur les autres.