Le rituel d'amour avec le nom est l'un des plus recherchés de la magie rouge : on grave le nom d'une personne sur une bougie, on l'écrit sur un papier avec le sien, et l'on espère ainsi l'attirer. Je vais le décrire tel qu'on le trouve, mais aussi dire d'où vient l'idée, ce qui a été ajouté en route, et ce qu'un tel rituel fait, très concrètement, à la personne qui l'accomplit.
Ici, contrairement à beaucoup de rituels qui circulent en ligne, il existe une vraie profondeur historique. Les papyrus grecs magiques, des manuscrits pour l'essentiel d'Égypte romaine, traduits et rassemblés sous la direction de Hans Dieter Betz dans The Greek Magical Papyri in Translation (1986), contiennent de nombreuses formules d'amour, les agôgai, littéralement « ce qui amène ». Elles désignent presque toujours la personne visée par son nom et par celui de sa mère, pour qu'il n'y ait aucune confusion possible. Le nom y fonctionne comme une adresse.
On retrouve un usage proche dans le hoodoo afro-américain, avec les papiers sur lesquels on écrit un nom avant de les placer sous une bougie, parfois en croisant son propre nom avec celui de l'autre.
Le reste de la version moderne est un assemblage. Le vendredi vient du jour de Vénus (Veneris dies) et des correspondances astrologiques ; la bougie rouge, l'encre « sang-dragon », le vin versé en libation relèvent de la magie de bougie contemporaine. L'affirmation qu'on lit parfois, selon laquelle l'encre sang-dragon « multiplierait par sept » la force d'un écrit, n'a aucune source : c'est une encre teintée à la résine, rien de plus.
Le matériel habituel : une bougie rouge, un outil pointu pour graver la cire (une aiguille ou un cure-dent suffit), une feuille de papier, une encre ou un stylo, un peu d'huile ou de vin. Les versions les plus répandues demandent d'opérer un vendredi soir, en lune croissante, après avoir fait brûler un encens de rose ou de santal.
On grave le nom complet de la personne dans la cire, de la base vers la mèche, en pensant à elle. On enduit la bougie d'un peu d'huile ou de vin, puis on l'allume avec une phrase d'intention ; celle qui revient souvent est : « Par ce feu, que ton cœur s'éveille à mon appel. »
Sur le papier, on écrit son propre nom et celui de l'autre de façon qu'ils s'entrelacent ou se croisent. On passe le papier au-dessus de la flamme sans le brûler, on boit une gorgée de vin et l'on en verse quelques gouttes dans un récipient de terre. La bougie doit se consumer entièrement ; ne la laissez jamais brûler sans surveillance, quitte à l'éteindre et à la rallumer le lendemain, ce que beaucoup de praticiens admettent. Les restes de cire sont ensuite enveloppés dans le papier, et le paquet est rangé dans un endroit caché, souvent sous le lit.
Les papyrus grecs montrent qu'on croyait assez à ces formules pour les recopier pendant des siècles ; ils ne prouvent pas qu'elles aient opéré, et je ne prétendrai pas le contraire. Rien ne permet d'affirmer qu'une bougie gravée change les sentiments d'une personne qui ignore tout de ce que vous avez fait. Et si elle vous a déjà dit non, ce non reste le sien.
En revanche, ce que le rituel fait à celui qui le pratique est très concret. Pendant la préparation, la gravure, la combustion de la bougie, on pense à une seule personne, avec intensité, parfois des heures durant. Le paquet caché sous le lit prolonge ce lien chaque nuit. Le rituel accompli, on se met à guetter les signes, à interpréter un message, un retard, un silence. C'est là que la frontière entre espoir et obsession devient mince. Si vous vous surprenez à surveiller ses réseaux, à multiplier les prétextes pour la croiser ou à la contacter malgré son silence, le rituel ne vous aide plus : il vous enferme.
Non. Le déroulé décrit plus haut est le même quel que soit le nom gravé. Dans les papyrus grecs, ce qui compte est la précision : le nom de la personne et celui de sa mère. Les versions actuelles se contentent en général du nom complet.
C'est souvent ce qu'on en attend, et c'est justement ce qu'aucune bougie ne permet de vérifier. Ce qui est certain, c'est que vous, vous penserez à cette personne pendant tout le rituel et longtemps après. Si c'est son attention que vous cherchez, une parole directe et respectueuse vous en apprendra plus qu'une flamme ; et si elle ne souhaite pas vous répondre, c'est une réponse aussi.
Ce rituel ne coûte qu'une bougie et une feuille de papier. Les sites qui promettent, contre paiement, de faire revenir l'être aimé en quelques jours vendent une promesse que personne ne peut tenir. Je n'en recommande aucun, et je vous déconseille de leur confier de l'argent ou des photos.
Il existe une autre manière de faire, qui ne prétend pas décider à la place d'autrui. La formule d'amour simple à prononcer de la magie blanche s'adresse à vous-même et à la rencontre à venir, sans nom ni cible. C'est celle que je conseille en premier.
Et si le nom que vous vouliez graver est celui d'une personne qui est partie, il est possible que ce dont vous avez besoin soit l'inverse d'une attraction : la technique du bonhomme allumette part justement de là. Quand une rupture ou un amour non partagé vous laisse durablement en détresse, en parler à un professionnel n'a rien d'un aveu d'échec.